Bogdan Volkov, né en 1989 à Torez, en Ukraine, est un ténor lyrique reconnu, salué pour ses prestations primées dans de grands concours comme Operalia. Il a tenu des rôles de premier plan sur les scènes les plus prestigieuses, dont le Metropolitan Opera et la Scala, et il est loué pour la clarté lyrique de son timbre et la profondeur de ses incarnations. Dans cet entretien pour Pulsations, notre magazine de la musique classique, il répond en ligne à trois questions essentielles.
1. Vous avez incarné toute une série de personnages d’une grande intensité émotionnelle. Pouvez-vous nous dire comment vous vous préparez, mentalement et affectivement, à endosser des rôles aussi divers ? Y a-t-il un personnage qui vous a donné le plus de mal, et pourquoi ?
Deux rôles comptent particulièrement pour moi : le prince Gvidon dans Le Conte du tsar Saltane (La Monnaie / De Munt, 2019) et le prince Mychkine dans L’Idiot (Festival de Salzbourg, 2024). Gvidon est présenté comme un personnage autiste, tandis que Mychkine incarne une hyper-empathie. Préparer ces rôles a exigé une exploration émotionnelle profonde et la compréhension de leurs perspectives singulières. Ils ont été particulièrement difficiles parce qu’il me fallait entrer dans des mondes très différents, l’un façonné par un certain détachement, l’autre par une sensibilité écrasante. De tels rôles demandent une attention particulière au détail et un accord délicat des émotions. J’étudie le comportement, les réactions et le vécu intérieur de ces personnages afin de rendre fidèlement sur scène ce qui les rend uniques. Pour moi, il importe non seulement de les comprendre de l’intérieur, mais aussi de transmettre au public la complexité de leur monde intime. C’est exigeant, mais ce sont ces rôles qui me permettent de grandir comme artiste et de découvrir de nouvelles facettes de l’émotion humaine.
2. L’opéra mêle tradition et interprétation personnelle. Comment conciliez-vous la fidélité à la vision du compositeur et l’apport de votre propre lecture sur scène ?
Concilier la vision du compositeur et ma propre interprétation est à la fois une responsabilité et un cheminement créatif. Je commence par m’immerger profondément dans la musique et le livret afin de comprendre le personnage tel que le compositeur l’avait imaginé. Cette base est essentielle. Mais j’explore aussi les émotions, les motivations et le monde intérieur du personnage depuis mon propre point de vue. En reliant mes expériences personnelles et mes intuitions au rôle, j’apporte à l’interprétation authenticité et singularité. Il s’agit d’honorer les traditions tout en laissant le personnage respirer et entrer en résonance avec le public d’aujourd’hui. Pour moi, c’est ce mélange de respect et de créativité qui garde à l’opéra son dynamisme et sa force.
3. Votre carrière vous a conduit sur quelques-unes des scènes les plus emblématiques du monde. Avec le recul, y a-t-il une représentation ou un tournant qui ait façonné votre parcours d’artiste ? En quoi cela a-t-il changé votre regard sur votre carrière ou sur votre vie ?
Un tournant décisif a été mon passage dans le Programme des jeunes artistes du Théâtre Bolchoï. C’est là que j’ai reçu la formation et l’expérience fondatrices qui m’ont construit comme artiste. Remporter le concours Operalia en 2016 a été une autre étape majeure : cela m’a ouvert les portes de nombreuses grandes scènes du monde et m’a donné la confiance nécessaire pour mener mon métier à l’échelle internationale. Travailler avec des metteurs en scène visionnaires comme Dmitri Tcherniakov, Christoph Loy et Krzysztof Warlikowski a par ailleurs été pour moi une transformation. Leurs intuitions créatives et leurs approches singulières de l’opéra m’ont poussé à explorer de nouvelles profondeurs dans mon jeu, et m’ont fait franchir un palier considérable dans mon développement artistique. Ces expériences n’ont pas seulement changé mon regard sur ma carrière : elles m’ont aussi appris la valeur de la progression continue et de la collaboration dans cet art.
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