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Bruckner, Symphonie n° 7 — Manfred Honeck et l’Orchestre symphonique de Pittsburgh

Bruckner 7 : Manfred Honeck et Pittsburgh

Anton Bruckner (1824–1896) : Symphonie n°7 en mi majeur, WAB 107 (version de 1883, édition Nowak)
Mason Bates (né en 1977) : Resurrexit
Orchestre : Orchestre symphonique de Pittsburgh
Direction : Manfred Honeck
Enregistrement : en concert, du 25 au 27 mars 2022, Heinz Hall, Pittsburgh
Label : Reference Recordings – FR-757SACD (SACD hybride)
Durée totale : 77’40’’

Un Bruckner de l’équilibre et de la synthèse

En concert au Heinz Hall, Manfred Honeck et l’Orchestre symphonique de Pittsburgh proposent une Septième placée sous le signe de l’équilibre et de la synthèse : un tour de force et un disque indispensable.

« Il faut trouver un équilibre qui honore l’intention expressive dissimulée dans le texte musical, plutôt que de se concentrer sur la seule exécution. »

(Manfred Honeck)

Manfred Honeck est assurément l’un des grands brucknériens de notre temps, digne de prendre place aux côtés de Jochum, avec un don de synthèse qui n’appartient qu’à lui. Le premier mouvement s’ouvre avec ampleur, puis se replie presque aussitôt dans la retenue. Cette intention est confirmée par l’excellent texte du chef, qui demande si Bruckner est un compositeur spirituel ou intellectuel et démontre qu’il ne peut être réduit ni à l’un ni à l’autre. Il y a l’esprit, l’âme et le corps ; de là ce sentiment de complétude, de synthèse, d’un monde agrandi.

Revenant sur ses années au Philharmonique de Vienne, Honeck avoue être partagé entre deux manières d’entendre la Septième : comme une œuvre se suffisant à elle-même ou comme une musique qui exige de connaître la vie de Bruckner. Il refuse de trancher. L’organiste dévot de Saint-Florian et de la cathédrale de Linz, l’improvisateur inspiré, l’homme élevé dans les musiques populaires de Haute-Autriche et fasciné par Wagner : tous se retrouvent dans cette symphonie, dont la spiritualité s’approfondit avec la mort de Wagner, pleurée par les tubas wagnériens.

Les vingt et une minutes du premier mouvement passent avec une rapidité surprenante, sans le moindre temps mort. Tout semble inévitable, parfois jusqu’à devenir prévisible, et les pianissimi disent combien Honeck doit à Claudio Abbado, dont il fut l’assistant. Schubert n’est jamais loin. Il paraît significatif que la création de décembre 1884 ait partagé son programme avec Les Préludes de Liszt et la Fantaisie Wanderer de Schubert. Honeck veut rendre au mouvement son ampleur, sa majesté et, bien sûr, son poids spirituel ; mais certains passages sont joués comme une danse hongroise, et il a raison. Plus tard se font entendre et ressentir le mystère de la messe, la consécration, la contemplation. La coda, avec ses échos de L’Or du Rhin, ses paysages montagneux et ses accents populaires, rassemble tout l’esprit brucknérien.

L’Adagio est un adieu à la vie, tendre et mélancolique, proche par le sentiment des symphonies de Schubert. Honeck estime que cette musique est trop souvent prise trop vite et s’autorise à ralentir — ce que Bruckner n’aurait guère désapprouvé, lui qui reconnaissait avoir probablement choisi un tempo trop rapide. Son Adagio dure vingt-deux minutes et demie. Pour Honeck, la clef se trouve dans des indications telles que feierlich et misterioso, qu’il lit moins comme des indications de caractère que comme des tempos dissimulés. Il défend ainsi une certaine liberté de mouvement. Tout revient à l’équilibre : entre respect absolu du texte et recherche de ce qui demeure caché derrière lui. Comme le disait Bruckner, bien des choses ne sont pas écrites dans la partition. Le mouvement porte également les échos du Te Deum, composé à la même époque.

Le troisième mouvement se distingue tout particulièrement. Honeck rétablit l’« oiseau moqueur » inscrit par Bruckner à la mesure 137, indication abandonnée dans les premières éditions. La musique prend une allure pastorale, presque beethovénienne, avec une clarinette d’anthologie, comme on ne l’avait jamais entendue, et des appels de coucou lancés par les clarinettes.

Le finale, fidèle à cette vision totale de l’univers de Bruckner, fait surgir la pureté de la nature alpine et la mélancolie des tubas wagnériens, qui sonnent ici comme des cors des Alpes. Honeck qualifie ce mouvement de véritable chef-d’œuvre de l’art de la composition ; difficile de mieux dire. Reste le son lui-même, la puissance des déflagrations de cuivres. Cet orchestre américain rivalise avec les grandes phalanges européennes, avec une sonorité authentiquement brucknérienne et sans l’éclat métallique des cuivres de Chicago. Extraordinaire. Un tour de force.

Resurrexit de Mason Bates, composé en 2018 pour le soixantième anniversaire du chef, complète le disque. C’est une pièce séduisante, traversée de quelques reflets du Boléro, de la gamme pentatonique de l’orientalisme debussyste et d’échos du Moyen-Orient. Tonale, très proche de la musique de film, elle s’achève dans le spectaculaire, à la manière de Copland ou de John Williams, en un triomphe éclatant.

L’équipe Soundmirror accomplit un travail exceptionnel. Honeck reconnaît qu’une seule note peut l’obséder pendant des semaines. Plusieurs concerts sont donc enregistrés, puis montés avec un soin implacable. Le disque qui en résulte est véritablement remarquable du début à la fin.

Notre verdict

Interprétation : ★★★★☆ – Un Bruckner d’équilibre et de synthèse, fidèle au texte et attentif à ce qui se cache derrière lui. Clair, peut-être trop lisible, parfois un peu prévisible.

Qualité du son : ★★★★★ – Soundmirror au sommet de son art, avec un son brucknérien plein, monté à partir de plusieurs concerts avec un soin acharné.

Livret et édition : ★★★★★ – Les notes de Honeck, détaillées jusqu’aux numéros de mesure et aux minutages, guident l’auditeur à travers la partition autant qu’à travers sa lecture.

Place dans la discographie : ★★★★☆ – Il y a de l’Abbado dans cet effort de synthèse, mais le sens spirituel, l’élévation et la grandeur de Jochum sont toujours là. Il existe pourtant tant de grandes Septièmes, de Giulini à Günter Wand à Berlin.

Note globale : 4,5 / 5 – Un tour de force, et un disque indispensable.

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