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Bruckner, Symphonie n° 9 — Herbert Blomstedt et l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise

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Anton Bruckner (1824–1896) : Symphonie n°9 en ré mineur, WAB 109
Orchestre : Orchestre symphonique de la Radio bavaroise
Direction : Herbert Blomstedt
Enregistrement : en concert, 7 et 8 mai 2009, Philharmonie im Gasteig, Munich
Label : BR-Klassik – 900235 (2 CD, avec des extraits des répétitions)

https://www.naxos.com/CatalogueDetail/?id=900235

Date de parution : 4 septembre 2026
Durée de la symphonie : 56’31’’

Une Neuvième sans encens

Enregistrée à Munich en 2009 et publiée seulement aujourd’hui, la Neuvième de Blomstedt avec l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise se révèle épurée, aérienne et rapide, mais laisse un sentiment d’inachevé.

Ce qui frappe d’emblée dans la lecture de Blomstedt avec l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, c’est la couleur. Elle est plus sombre et la prise de son paraît plus étouffée, ce qui tient sans doute à la Philharmonie im Gasteig, dont l’acoustique a souvent été critiquée. La vision est assez monumentale, assez impressionnante. Il y a même un souffle épique, ou du moins une coloration narrative, et un admirable sens du legato. Vers la onzième minute, quelques lourdeurs apparaissent toutefois. Surtout, tout est remarquablement exécuté — l’orchestre mérite évidemment tous les éloges — mais sans véritable tranchant. Il y a de l’élan et du dynamisme, mais où est la vision ? C’est une cathédrale un peu vide, comme les vastes églises dépouillées peintes par Saenredam, dont je garde le souvenir au Rijksmuseum d’Amsterdam. Il serait tentant de projeter les convictions religieuses du chef sur une œuvre où le catholicisme est omniprésent ; nous ne le ferons pas. Reste une certaine frustration, car ce premier mouvement ne prend pas le temps de respirer. Quelque chose y paraît désincarné, minéral, presque granitique.

Le deuxième mouvement confirme cette impression : l’orchestre offre une très belle sonorité, mais demeure peut-être trop sage. Si le premier mouvement était de granit, celui-ci est d’obsidienne, noir, mais d’un noir lointain. C’est ici que la comparaison des tempos devient éclairante. Blomstedt compte assurément parmi les plus rapides : 23’31 pour le premier mouvement et 10’05 pour le Scherzo, contre 26’47 et 11’03 chez Abbado à Lucerne.

Le troisième mouvement est le plus révélateur, peut-être le mieux placé pour préciser ce que je veux dire. Le refus du pathos est très marqué ; ce mouvement est d’ailleurs le plus court de tous, avec 22’55. Jochum à Berlin dure 27’40, le même Blomstedt à Leipzig 24’20, Giulini à Vienne 29’30, Celibidache à Munich 30’37, Abbado à Lucerne 25’16 et Günter Wand 25’12. Ici, on ne s’attarde jamais. C’est intéressant : jamais ne s’ouvrent les portes de l’au-delà, rien n’est dramatisé ni spiritualisé. La lecture avance pourtant avec une énergie salutaire, comme si elle voulait dissiper les dernières volutes d’encens entourant encore Bruckner pour ne laisser apparaître que la structure. Était-ce nécessaire ? On perçoit une forme de défiance, presque une volonté militante d’alléger notre Bruckner, un refus presque boulezien de la sensibilité et de tout ce qui dépasserait ce que dit strictement la musique. Pourtant, le mouvement porte l’indication Adagio, langsam, feierlich, et l’on voudrait retenir l’orchestre, lui demander de ralentir.

Heureusement, vers la quatrième minute, le chef s’abandonne enfin et ose une suspension teintée de nostalgie plutôt que de mélancolie. Entre 4’00 et 7’00 se trouve sans doute le passage le plus convaincant, comme un bilan plus contemplatif. La finesse des cordes fascine, et il ne s’agit pas seulement de tempo. À 13’00, une nouvelle fois, on aimerait que Blomstedt prenne davantage son temps. L’orchestre, lui, n’est jamais pris en défaut : puissant, nuancé, sombre, avec le timbre si particulier de la Radio bavaroise. À 14’55, le thème éthéré attendu ne s’attarde pas, et le sublime se dérobe. C’est un choix : celui d’un Bruckner plus tellurique, presque terrestre, parfois juvénile et léger, qui écarte toute dramatisation, toute option spirituelle ou même intellectuelle. La musique, rien d’autre. Cette approche possède d’ailleurs quelque chose d’une clarté mozartienne. La pesanteur du début et la limpidité de la fin peuvent sembler contradictoires ; elles correspondent simplement à ce que l’on entend. Les dernières mesures sont trop rapides. Peut-être attendons-nous trop d’une symphonie qui prend son temps, mais cette marche en avant permanente laisse frustré, d’autant que Blomstedt a gravé à Leipzig un cycle remarquable. La Neuvième n’est peut-être pas l’œuvre qui lui convient le mieux. Sa Quatrième à Leipzig méritait tous les éloges et, récemment encore, il donnait avec l’Orchestre de Paris une Huitième d’anthologie.

L’intérêt principal de cette parution réside peut-être dans le second disque, consacré aux répétitions. On y entend le chef distiller sa vision, qui confirme précisément ce que révèle l’interprétation. Il connaît chaque détail de la partition. Il qualifie la grande dissonance de l’Adagio de « wie ein Todesschrei », comme un cri de mort, sommet de toute la symphonie, et parle d’une atmosphère d’adieu, de l’« Abschied vom Leben » de Bruckner. Dans le même souffle, il demande pourtant aux violons : « nur andeuten, nicht zu viel », suggérer seulement, ne pas en faire trop. Tel est son choix : retenue, réserve, absence de pathos et d’ego. Mais dans cette œuvre, chant du cygne du compositeur, on attend peut-être davantage d’engagement. Sans sombrer dans le pathos ni l’ego, il existe sûrement un équilibre qui permette de faire résonner Bruckner et d’entendre, comme il le disait lui-même, ce que la partition n’écrit pas. De ce point de vue, un chef comme Manfred Honeck se montre aujourd’hui plus convaincant dans cette œuvre.

Notre verdict

Interprétation : ★★★½☆ – Monumentale et superbement jouée, mais toujours pressée d’aller de l’avant, elle manque le sublime.

Qualité du son : ★★★☆☆ – Trop étouffé. L’acoustique du Gasteig, assez médiocre, y est pour beaucoup.

Livret et édition : ★★★★½ – Le disque vaut surtout pour l’occasion de surprendre le maestro au travail, pour ceux qui ont la chance de comprendre l’allemand. Le livret, en revanche, est assez succinct.

Place dans la discographie : ★★★☆☆ – Une option intéressante. Mais pour ce qui me concerne, je reste plus réservé.

Note globale : 3,5 / 5 – Une Neuvième décantée, aérienne et rapide, qui laisse, sans mauvais jeu de mots, une impression d’« inachevé » !

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